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mercredi, 16 avril 2008

"On nous ment sur les OGM"

Vu sur : l'express.fr 

Le sénateur Jean-François Le Grand, président du groupe de travail sur les OGM du Grenelle de l'Environnement, a dénoncé dans une lettre à Henri de Raincourt, président du groupe UMP du Sénat, l'attitude de certains de ses collègues de la majorité. Dans ce texte, il cite notamment le titre de votre livre, refusant de céder aux "fatalités et notamment, dans le cas présent, à celle d’un monde selon Monsanto…" Votre réaction?
Je trouve son attitude très courageuse, comme celle du député UMP François Grosdidier. Car les parlementaires subissent des pressions très fortes. Il y a du lobbying, de Monsanto notamment, mais ça, ce n'est pas illégal. Mais il y a aussi des menaces plus graves de mises à sac provenant de la FNSEA, dénoncées notamment par Grosdidier (dans cet article de Libération par exemple, NDLR).

Quel regard portez-vous sur le débat entre parlementaires?
Ce qui est incroyable dans cette histoire, ce sont les mensonges qui sont proférés. L'ancien ministre de l'Agriculture Christian Jacob a par exemple dit  -on peut le constater sur le site de l'Assemblée- qu'il n'y a pas de contamination par les OGM! (Intervention disponible ICI, NDLR.) Il a répété la même chose sur France-Info, allant même jusqu'à dire, dans ce débat avec le Vert Yves Cochet, qu'au Mexique, la "coexistence" entre maïs OGM et maïs non-OGM se passait très bien. Comment est-il possible de dire une chose pareille? C'est un mensonge! Au Mexique, justement, les OGM ont été totalement interdits à cause de la contamination! Le député François Grosdidier a raison de dire que certains de ses collègues sont "intoxiqués"...

Craignez-vous l'issue de la seconde lecture du texte au Sénat?
Rien n'est fait encore, et l'amendement 252 a le mérite de réduire l'impact de la loi... Mais il faut savoir de quoi on parle. S'il s'agit d'encadrer la mise en champ et sur le marché des OGM -c'est à dire des OGM de Monsanto, puisque ce sont ceux-là qui nous attendent- alors il faut étudier ces OGM comme ils doivent l'être. Or, les OGM de Monsanto sont des plantes pesticides, donc a priori toxiques, et il convient donc, avant de les autoriser, de faire comme pour tous les produits toxiques: il faut les tester sur trois espèces animales pendant trois mois, puis pendant deux ans sur les rats. Or, cela n'a jamais été fait!

Et que l'on ne dise pas le le maïs BT de Monsanto (le MON 810 et le MON 863) n'est pas néfaste sans l'avoir prouvé: il faut absolument respecter le principe de précaution! D'autant plus qu'il y a un précédent avec le maïs BT d'une autre société, Aventis, qui en 2000 a provoqué de graves problèmes de santé. Le maïs Starlink, très allergène, n'était donné qu'aux animaux, mais il s'est évidemment retrouvé dans la chaîne alimentaire aux Etats-Unis, notamment dans des restaurants tex-mex, et a rendu des gens très malades. Il a finalement été interdit, Aventis a perdu 1 milliard de dollars dans l'affaire. Mais huit ans après, on trouve encore 1% de maïs OGM Starlink dans le maïs américain...

Je pense donc que faire une loi aujourd'hui qui autoriserait la mise sur le marché de tels OGM serait tout à fait irresponsable. D'accord pour encadrer la recherche sur les OGM en milieu confiné, si cela doit nous permettre de trouver des OGM merveilleux - mais pour l'instant, cela n'existe pas, les OGM merveilleux... Mais pas de mise en champ: on l'a vu partout sur la planète, quand on autorise les OGM, il n'est plus possible de revenir en arrière.

Votre film et votre livre connaissent un incroyable succès. Quelles leçons en tirez-vous?
Dans toutes les villes où je vais présenter mon travail, il y a beaucoup de monde, pas seulement des militants, toutes sortes de gens qui veulent comprendre. C'est un débat citoyen. Sur le Net aussi, il y a ce débat citoyen - je parle des gens sérieux, pas de ceux qui essayent de me dézinguer, il serait d'ailleurs intéressant de savoir qui ils sont, ceux-là... Ignorer ce débat citoyen et passer en force avec cette loi, c'est grave. C'est un déni de démocratie.

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